Guerre



 

 
 

LA GUERRE EN FRANCE


 

IMAGINE : C’est la guerre – non pas en Irak ou en Syrie, quelque part très loin, mais ici, en Europe, en France, chez nous. Le migrant, celui qui doit partir, qui doit fuir, c’est toi.
Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ?
>> Voir l’ITW de Janne Teller sur GUERRE

Le texte commence ainsi et invite à s’interroger sur l’inéluctable parcours que subisse des familles obligées de fuir leur maison / famille / amis / travail… Ainsi astucieusement et sans violence sur les spectateurs, ces derniers vont se projeter dans un voyage qui les mène de l’autre côté de la Méditerranée, confrontés à une culture qu’ils ne connaissent ni ne comprennent et ainsi devenir l’objet de clichés voire de rejet à leur égard.
De cette inversion du parcours et du destin des réfugiés, nous avons choisi d’inverser le rapport spectacle / spectateur en invitant les personnes à venir sur scène jusqu’à ce qu’un écran referme le quatrième mur et les abandonne le temps du spectacle à leur sort. Ainsi les spectateurs se retrouvent-ils comme dans un container sensoriel avec comme unique « guide » la voix en direct des deux comédiennes qui les accueillit, une bande son et des images projetées sur l’écran par des manipulations en rétroprojection en direct.
Nous avons décidé de donner à voir ce spectacle dans le but d’opposer une parole sensible et concrète au discours dominant lénifiant voire très partial tenu à l’égard de ce sujet brûlant. Il nous importe d’inviter nos concitoyens à réfléchir et peut-être agir différemment à l’égard de cette population démunie, ostracisée que nous pourrions aussi devenir en cas de conflit en France.

« Guerre. Et si ça nous arrivait ? est un texte important pour mieux comprendre l’immigration et l’exclusion. Pour se persuader que tout est réversible. Pour saisir enfin ce qui fait le prix des démocraties. »
Florence Noiville in Le monde des livres, 16 février 2012

 


 
NOTE / DISPOSITIF SCéNIQUE


 

Le public est guidé par des « anges gardiens » à travers les coulisses du théatre jusqu’à la scène où ont lieu d’habitude les représentations.
La scène est vide sans élément de décoration illustrant le propos. Seul un espace, adapté à chaque salle est délimité sur trois cotés par des rideaux noirs (pendrillons) qui sont disposés de facon à masquer les coulisses et le fond de la scène.
Une toile, écran translucide, ferme cet « enclos » à l’avant scène. Ce quatrième « mur » en matière PVC n’est pas sans rappeler la toile d’une bâche pouvant servir de tente ou de protection visuelle et par là-meme de frontière.
Une inversion salle/scène, public/comédiens, réfugiés / hospitaliers est ainsi créé.

La force d’un plateau de théatre n’est-elle pas de susciter l’imaginaire ? Une toile tendue au dessus du public baisse comme un plafond, un nuage lourd et menacant.
S’il s’élève il devient ciel et rassurant. Le public est pris dans l’action.
Des formes rétro-projetées sur la toile font exister, sans repère, une succession d’images subjectives. Un éclair, une lumière intense, le travail sur le son plonge le public dans le récit : « Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France ».

À la fin le rideau se lève (l’écran), le public est libéré et salué par les acteurs :
Ce n’était encore qu’une fable…

 


 
EXTRAITS


 

Extrait 1

Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ?
Si les bombes avaient détruit la plus grande partie du pays, la plus grande partie de la ville ? Si les murs de l’appartement que tu habites avec ta famille était percés de trous, les vitres brisées, le balcon arraché ?

L’hiver arrive, il n’y a pas de chauffage, il pleut à l’intérieur. Seule la cuisine est encore habitable. Ta mère a une bronchite, Elle couve une nouvelle pneumonie. Contre la volonté de tes parents, ton frère a rejoint la milice. Récemment, il a perdu trois doigts de la main gauche dans l’explosion d’une mine. Des éclats de grenades ont blessé ta jeune sœur à la tête. Elle est hospitalisée dans un établissement dénué d’équipement. Une bombe tombée sur leur maison de retraite a tué tes grands-parents paternels.

Toi, tu es toujours entier, mais tu as sans cesse la peur au ventre. Matin, midi, soir, et la nuit aussi. Tu sursautes chaque fois qu’au loin tu entends des tirs de roquettes partir en sifflant, chaque fois que tu aperçois un éclair à l’horizon. Et si le projectile allait t’atteindre ? Chaque explosion te terrifie. Combien de tes camarades ont encore été touchés ?

Extrait 2

Six semaines plus tard, tu es en Égypte.
Vous vivez dans un camp, abrités sous des tentes. Tu n’as plus froid, tu ne crains plus ni les bombardements, ni les roquettes, ni la Police de Redressement qui pouvait perquisitionner chez toi sans prévenir, de jour comme de nuit. Ta mère est à nouveau elle-même, elle s’est remise de ses pneumonies. Ta sœur a été opérée, on lui a retiré les éclats de grenades qu’elle avait dans le crâne, la faim ne te tenaille plus.
La demande d’asile de votre famille est en cours d’examen : vous ne pouvez pas quitter le camp avant d’avoir été officiellement reconnus comme réfugiés et d’avoir obtenu un permis de séjour temporaire. Ça ne fait rien. Tu es heureux. Même si vos conditions de vie sont mauvaises, c’est provisoire. Six mois au plus. Bien sûr que vous êtes de vrais réfugiés ! Quoi d’autre ?

Votre demande d’asile traîne en longueur. Surtout parce que ton frère est devenu officier dans la milice. Ils ont un doute, à propos de ton père et de toi. Tu as 14 ans, un homme pour ainsi dire. Votre pays a beau être en guerre, vous ne deviez pas être si mal lotis que ça si vous avez pu fuir. L’aide serait peut-être plus utile à tous ceux qui restent encore en France. Il y en a tant !

Tu n’en peux plus de vivre dans ce camp. Il n’y a rien à faire. Pas même un cours de langue : aucune possibilité d’apprendre l’arabe avant d’avoir obtenu un permis de séjour.

 
 
COMPLÉMENT
 
 
DISTRIBUTION
JANNE TELLER