Romance


 
 

Jasmine a seize ans. Jasmine voudrait sortir de l’ombre des HLM. Jasmine voudrait avoir la sensation d’exister. Jasmine veut faire bouger les choses… jusqu’à faire pencher la Tour Eiffel. Quels qu’en soient les moyens. C’est à Imène, sa meilleure amie qu’elle confie ses secrets, jusqu’au jour où la fuite en avant la propulse trop loin. Jasmine sombre à ses côtés dans les mirages des relations entretenues sur les réseaux sociaux.

Romance nous livre une confidence poignante d’une adolescente désorientée, en quête d’un avenir qu’elle aimerait avoir l’impression de maîtriser. Cesser d’être invisible aux yeux des autres.
Catherine Benhamou, comédienne et autrice de théâtre, dresse là un portrait bouleversant et témoigne de la déshérence d’une partie de la jeunesse qui ne se regarde plus qu’en pointillés…

« Imène a les mots, c’est elle qui prend la parole à la place de son amie, elle s’adresse à la mère de Jasmine, et à nous. Elle montre l’engrenage dans lequel s’est laissé entraîner Jasmine, à partir de son entreprise absurde, et la violence non-dite qui l’a très vite piégée.
Jasmine est une jeune fille intelligente mais elle s’est trompée de rêve.
Elle croit avoir rencontré l’Amour grâce à internet mais là aussi elle s’est trompée. Elle n’a pas vu le piège, elle se croit la plus forte. Elle a mis le mot Amour sur quelque chose qui n’en était pas.
Elle s’est trompée de mot. Elle s’est trompée sur presque tout, mais elle n’a pas cessé de croire à l’amitié et c’est l’amitié qui va la sauver, qui va lui faire éviter le pire.

La Jasmine de Romance ne veut pas seulement voir la tour Eiffel en vrai, ce qu’elle veut c’est la faire pencher. En s’attaquant à la tour Eiffel elle croit s’attaquer au réel. Elle veut que le monde penche de son côté, que ça bouge, que les choses ne soient pas comme elles ont l’air d’être, une fois pour toutes. Elle voudrait avoir prise sur les choses, avoir le choix de sa vie. Elle n’a pas compris que rien en dehors des mots ne peut lui donner cette prise, ce pouvoir. Jasmine n’a pas les mots, même si elle est grande gueule et insolente, elle se sent invisible, elle se sent empêchée, réduite au silence, on décide pour elle, on ne se penche pas vers elle. » écrit Catherine Benhamou

Romance est un monologue. Une voix pleine d’humanité qui tente de démêler le vrai du faux. Sans artifice. Tout comme la mise en scène le sera. Une comédienne, un texte, lumières et son pour rythmer la confidence. Pas de vidéo contrairement aux usages esthétiques habituels de la compagnie. Faire le pari de la sobriété technique pour être au plus proche du texte.

Ce texte magnifique et audacieux a été récompensé du Prix PlatO en mars 2019 à Nantes. Il a été lu et mis en espace au cours du Festival Petits et Grands 2019, au Théâtre de la Reine blanche à Paris lors de la publication du texte aux éditions Koiné et au Théâtre Athénor de Saint Nazaire lors du 1er juin des écritures théâtrales Jeunesse en collaboration avec ASSITEJ/Scènes d’enfance. Il a été lu au THV de Saint Barthélémy d’Anjou le 3 mars 2020 au Festival Zones de turbulence, ainsi qu’en avant-première au Festival OFF d’Avignon 2020.

Le personnage d’Imène sera interprété par Marion-Solange Malenfant. Comédienne, autrice et metteure en scène, elle collabore avec l’équipe du Théâtre du Rictus depuis cinq ans. Elle a joué dans La Ville de l’année longue de William Pellier, dans Guerre de Janne Teller et sera à l’affiche dans la prochaine création du Rictus, Ruptures (texte de Sedef Ecer et Sonia Ristic). Elle a récemment mis en scène son propre texte, Et la neige de tout recouvrir, pièce à une voix, qui narre de façon poétique un morceau de vie d’une syllogomaniaque. Elle a également travaillé sous la direction d’Yvon Lapous, Monique Hervouët, Laurent Brethome…

 


 
Extrait


 
Elle s’est dit que c’était fini, qu’il fallait passer aux choses sérieuses, que les fous rires à tomber par terre à se pisser dessus, ça servait à rien, qu’elle et moi ça servait à rien.
– Tout ça c’est rien d’autre que des pièges pour nous endormir, ça fera jamais rien bouger et il fallait que ça bouge, comment, elle sait pas mais que ça l’emmène ailleurs, où elle sait pas, en tout cas loin du lycée, loin de la cité, loin.
– Tu comprends Imène celui que je trouverai il sera d’accord pour le Grand Projet alors lui et moi on entrera dans l’Histoire sur un tapis rouge comme les stars au festival de Cannes moi ce que je dis c’est qu’à seize ans avec ses yeux en amandes et son visage elle aurait pu en faire du cinéma, elle aurait pu en faire des choses si seulement elle avait voulu mais elle voulait pas, même sa beauté elle la voyait pas, on aurait dit que ça comptait pas mais ce qu’elle avait de plus c’était pas une histoire de longueur de cheveux ou de minceur de la taille, c’était autre chose, c’était un secret, une force, quelque chose qu’elle était la seule à avoir et si on arrivait de l’extérieur c’était d’abord elle, Jasmine, qu’on voyait dans la classe on voyait son regard, on savait que ce regard ne vous lâcherait pas, qu’il faudrait faire avec et que ce serait pas facile, les profs le comprenaient très vite que s’ils voulaient nous embarquer quelque part, il fallait d’abord l’embarquer elle, Jasmine, si elle était contre, toute la classe était contre, on dressait un mur, ça on sait bien le faire, personne n’avait assez de cran pour risquer de lui déplaire ou affronter son mépris et pourtant elle était en grande difficulté comme disent les profs et ils ne croyaient pas si bien dire et même si vous avez du mal à le croire, moi je peux vous le dire parce que je le sais, c’est elle qui l’a eue cette idée, personne ne lui a mis ça dans la tête, que vous ayez envie de le penser ça se comprend, mais il faut que vous sachiez que personne ne lui a soufflé ce Grand Projet comme elle disait quand elle en parlait parce qu’à moi elle parlait à cœur ouvert et j’aimerais bien moi aussi vous parler à coeur ouvert, parce que si c’était moi au lieu d’elle j’aurais bien voulu que quelqu’un vienne parler comme ça à ma mère dire ces paroles de consolation qu’on a envie de dire aux mères, effondrée comme vous êtes maintenant, à ne rien pouvoir faire d’autre que vous demander comment c’est possible, comment tout ça a bien pu germer dans son cerveau, qui est-ce qui a bien pu mettre ce projet stupide dans sa belle tête, comment ça a pu partir en vrille là dans sa tête, comment ça a pu arriver qu’elle, Jasmine, n’ait rien trouvé d’autre que ce projet-là qui la fasse rêver ?

 


 
Actions de médiation envisagées


 

De nombreuses possibilités existent pour travailler autour du projet de Romance. Nous allons également proposer en région nantaise un projet piloté avec une équipe enseignante que nous livrons à titre d’exemple ci-dessous. Il est souhaitable d’en imaginer les tenants et aboutissants avec les associations ou établissements scolaires en amont.

Le projet se veut l’occasion de rencontres entre jeunes d’une même tranche d’âge mais qui ont des parcours scolaires différents : c’est pourquoi nous désirons associer des lycéens de lycée professionnel et de lycée général ainsi que des jeunes de la MDLS qui pourront participer aux ateliers proposés.

Nous avons choisi de proposer ce projet au sein des lycées Jean Perrin et Louis-Jacques Goussier. Nous pourrons y toucher des classes de lycéens des différents cursus et favoriser leur travail collectif. Cette « mixité » en lien avec les thématiques abordées par le texte et le contexte d’écriture du texte (« ateliers de parole et de rencontres ») donne aussi à ce projet un objectif évident d’éducation à la citoyenneté : on y abordera l’engagement, le statut des femmes, le danger de la radicalisation, ceux des réseaux internet, le droit de rêver à l’avenir…

Ce projet permettra donc d’enrichir le Parcours citoyen et le Parcours d’éducation artistique et culturelle de chaque élève.
Il s’adresse à 4 classes (deux classes de lycée général et deux de lycée professionnel, que rejoindront des élèves de la MDLS).

Il se déroulera en trois temps forts :

  • Le temps de la rencontre avec l’autrice : toutes les classes la rencontreront (1h).
  • Le temps des ateliers d’écriture avec l’autrice : 8hs pour deux classes (qui auront choisi les ateliers d’écriture) sur deux semaines, à raison de 4h par semaine.
  • Le temps du passage au plateau avec l’intervention d’un metteur en scène (travail du corps, de la voix, de l’espace) 8hs pour deux autres classes (les textes écrits seront en effet confiés à deux autres classes qui auront choisi les ateliers de lecture oralisée).

Ce travail collectif fera l’objet d’une restitution au sein du lycée et pourra être ouvert à d’autres classes spectatrices.

 
 
COMPLÉMENT
 
 
DISTRIBUTION
CATHERINE BENHAMOU