The snow would cover up (titre provisoire)

Théâtre du RICTUS
 

 

INTENTIONS

Pour point de départ, il y a deux concepts que je découvre au cours de l’été 2016 : la syllogomanie et le syndrome de Diogène… Derrière ces mots se cache une obsession. Diogènes et syllogomanes sont des accumulateurs compulsifs. Sans cesse ils s’entourent d’objets. Impossible de les en empêcher.
On est peut être tous atteints ? Après tout, j’accumule aussi. Des objets qui me serviront  » peut-être un jour « . Je les garde  » au cas où  » ; je garde parce que, avec eux, je me souviens ; je garde parce que j’existe grâce à eux… J’engrange des vies possibles. Je rêve à des ailleurs. À partir de quand le fait de garder devient une épopée, une sortie de route ? À partir de quand je deviens un Diogène ? Le fait d’accumuler fait-il écho à une forme de dénuement ? Un oubli de soi, ou un oubli du monde ?
Jusqu’où je peux inventer mon espace et modeler le monde dans lequel je vis ? Est-ce que mon appartement peut devenir une île, un rempart face au monde ? Quels mécanismes de protections, de déviances, de résilience je mets en jeu pour (sur)vivre ?
Je souhaite questionner le rapport que nous avons aux objets, parcourir les chemins de traverse que certains empruntent pour se donner des réponses face aux exigences de la société.
Mon intention n’est pas de faire l’état des lieux d’une maladie. Je désire esquisser le portrait potentiel d’un Diogène avec ses accumulations, mais aussi au-delà.

SYLLOGOMANIE, PREMIER CONTACT

La syllogomanie ça aurait pu être le domaine de mon père. Son domaine à lui. Privé. Qui ne regardait personne. Il a toujours eu deux garages où il entassait ses trésors. Bouts de bois et palettes, machines ( tondeuses à gazon, massicots, coupes verre ), fauteuils clubs, fauteuils de coiffeur, ressorts, bobines de fils électrique, mobylette aux pneus effrités, vieux journaux, visserie, plaques de verre, graines, bêches, pelles, râteaux, rabots, baguettes d’encadrement, sacoches de mob de l’armée suisse… On posait un pied, puis l’autre. On avançait difficilement. Le mystère résidait dans le fond d’un des garages où il y avait un vieux buffet. Avant, dans l’autre maison, ce meuble était dans la cuisine. On le voyait mal. Et je n’osais pas aller si profond. Il était rempli de papiers, de photos, de vieilles radios, et faisait vaguement office de cave. Des vieilles bouteilles vides, une machine pour installer le bouchon de liège le jour où, à nouveau on mettrait en bouteille le vin acheté chez un vigneron… Une tentative de domestication logistique dessinait un périmètre restreint, près de la porte d’entrée, autour de la machine à laver et d’une étagère à conserves. Le même type d’accumulation pouvait être observé dans l’autre garage loué dans la cour de l’immeuble d’à côté. (cette fois-ci, sans essai d’optimisation de l’espace). Quand il a fallut le vider ( les propriétaires le vendaient ), mon père s’est construit un « atelier » au fond du jardin qui devint, à son tour, un genre spécial d’entrepôt. Les injonctions à ranger, à vider restaient sans réponse. Les projets s’accumulaient sans dépasser l’ébauche.
J’ai compris plus tard qu’il stockait pour le jour où il serait son propre patron. Il stockait aussi ses souvenirs. Il stockait des possibilités de vie.

L’écriture du spectacle sera le fruit d’un va et vient entre la table et le plateau. Un temps de recherche long me semble nécessaire pour mener à bien ce travail. L’aspect visuel de la syllogomanie est évident. Mais, nous ne tournons pas un film où des images de lieux débordant d’objets seraient terriblement efficaces . Dès lors je me suis demandé comment restituer de tels parcours de vies au théâtre ? Comment pouvons-nous montrer le vide ou le trop plein ? Est-il possible de le faire entendre ? Comment présenter ces chemins de vies qui oscillent entre dédales personnels et espaces publics fonctionnels ? Les Diogènes sont discrets, ils auraient besoin de tout mais ne demandent rien. Comment les raconter ?

DOCUMENTATION

Tout au long du processus de création je partage avec l’équipe des ouvrages, films, photos, documents scientifiques , tout objet pouvant venir nourrir l’imaginaire. Chaque membre de l’équipe fait de même. Nous ne parcourons pas systématiquement les mêmes oeuvres. Chacun se sert dans ce terreau commun. A glorious mess, Ulrich Grossenbacher; Au pays des Diogène, France Culture ; Les frère Collyer ; Une trop bruyante solitude, Bohumil Hrabal; La somnolence, Jean Pierre Martinet; Don Quichotte, Cervantes; Le Musée des arts modestes; les oeuvres d’André Robillard; The Wolfpack, Crystal Moselle; La dernière bande, Beckett; Le jardin des délices, Jérome Bosch…

INTERVIEWS

Le travail d’écriture se structure dans un premier temps autour de la réalisation d’interviews. J’ai pu notamment rencontrer une personne ayant acheté la maison d’un Diogène, une inspectrice de la salubrité publique et une responsable de la protection des majeurs… Tous ont des histoires de Diogènes. La manière dont la société s’occupent des ces vies atypiques m’intéresse. A partir de quand cette manière de vivre est estimée dangereuse et ne relève plus de la liberté de chacun ? Comment des rapports de police, des procès verbaux, des arrêtés viennent raconter l’intimité des Diogènes et leur monde érigé en toute discrétion durant des années ?
Je mets aussi en place un principe d’interview avec les membres du projets. Lors de temps d’improvisation j’utilise ce principe afin de laisser émerger des situations. Le cadre de l’interview offre un socle à l’imaginaire de l’interprète qui convoque de manière décalée ce qu’il a pu traverser dans son travail de documentation. Grace à cela des pastilles, des images et des fragments d’échanges apparaissent.
Après ces temps de laboratoire et d’accumulation de données, je m’isole pour produire le texte. Je cherche à rendre compte de l’envahissement au moyen de l’oralité. Envahissement de l’espace et envahissement d’une vie.

LA SCÉNOGRAPHIE ET LE CORPS

Après avoir évolué dans des lieux rendus exigus par l’accumulation, après avoir vu des documentaires sur le sujet et des photos d’espaces investis par des Diogènes, j’ai eu la sensation de parcourir des architectures hors du commun. Ces habitats semblent dépasser la simple fonction de logement. Ils deviennent tanière, cocons ou carapaces. La frontière entre eux et leur habitant semble s’abolir. Ces lieux deviennent curieusement beaux et fascinants par leur manque de fonctionnalité. Ils sont des paysages inattendus et mystérieux. Ces espaces bâtis sur des logiques personnelles, où le corps entre en mouvement de façon inhabituelle m’invite à diriger aussi la recherche vers un travail chorégraphique. Comment un corps peut-il raconter un espace plein à partir d’une scénographie épurée et donnant à voir de petits fragments d’accumulation ? Je souhaite dessiner cet envahissement de l’espace par le travail de la lumière , du costume, du corps en mouvement et de l’environnement sonore.

Mon projet d’écriture, c’est de mettre en scène la vie d’une femme. Elle travaille, elle fait ses courses, elle fait du sport, elle semble être comme nous, mais personne ne franchit jamais sa porte. Elle s’est construit un monde. Je spécule en lui donnant la parole car personne n’a pu regarder vivre un Diogène dans son espace et les Diogènes en parlent rarement. Le voisinage, peut être un plombier ou un livreur, un policier, raconteront ce qu’il s savent d’elle. Nous brosserons un portrait éclaté et hypothétique de cette femme. La phrase d’un médecin m’a interpellée :  » Par son mode de vie encombré et privé de tout, Diogène a déployé des capacités d’adaptation étonnantes. Ne serait-il pas le seul survivant en cas de crise écologique ou de guerre ? Diogène, pourrait-il être le seul survivant de l’humanité ?  »

ÉQUIPE

Marion Solange-Malenfant : Conception. Écriture. Mise en scène
Coline Barraud : Collaboration artistique. Jeu
Alice Tremblay : Conseil Chorégraphie
Tiphaine Pottier: Création costumes
Emmanuel Larue : Création Lumière
Vincent Chrétien : Création Lumière
Mathias Delplanque : Création Son

POURQUOI UN PARTENARIAT
ENTRE LE THÉÂTRE DU RICTUS ET MARION SOLANGE-MALENFANT ?

Le Théâtre du Rictus souhaite accompagner le premier projet d’écriture et de mise en scène de Marion Solange-Malenfant. 
Elle collabore dans un premier temps avec le Théâtre du Rictus en tant que comédienne sur le spectacle La ville de l’année longue de William Pellier en 2016 et poursuit en tant qu’assistante à la mise en scène et comédienne sur Guerre et si ça nous arrivait ? de Janne Teller en 2017. C’est alors que l’idée d’un compagnonnage naît.
Le Théâtre du Rictus souhaite ainsi élargir son champ d’activités, axé autour de la création de spectacles et d’actions de sensibilisation auprès de différents publics, en développant un parrainage avec cette jeune metteur en scène dont le travail suscite un intérêt artistique évident dans le paysage de la jeune création nantaise.
Le Théâtre du Rictus bénéficie  d’un savoir faire au sein d’un réseau institutionnel en région et hors région qu’il souhaite transmettre. Il s’agit donc pour lui d’accompagner cette jeune artiste dans ses démarches administratives et de lui prodiguer différents conseils concernant le développement de ses projets.

Marion Solange-Malenfant conserve ainsi l’intégralité de son autonomie artistique tout en bénéficiant d’une assise structurelle. Les activités artistiques de Marion Solange-Malenfant ne se superposent pas à celles du Théâtre du Rictus mais se vivent en parallèle, chacun profitant de l’émulation créée par l’autre.

 
CALENDRIER
 

— 2016
— 2017
— 2018
— 2019

 
Partenaires
 

— Accompagnement du Théâtre du Rictus ( conseils, logistique et administratif ).
— En cours, en discussion
— Envisagés

 
BIOGRAPHIES
 

Marion Solange-Malenfant
Colline Barraud
Tiphaine Pottier
Alice Tremblay
Emmanuel Larue
Vincent Chrétien
Mathias Delplanque

 
CONTACTS

Direction artistique
Marion Solange-Malenfant
marion_malenfant@hotmail.fr
06 50 88 52 98

Structure juridique
Théâtre du Rictus / Laurent Maindon
lmaindon@free.fr
06 89 77 67 54