Rictus Dernières #13

05 février 2018

RICTUS DERNIERS 13

Rictus Dernières #13

Édito
Nous sommes faits de l’étoffe de nos rêves, déclare Prospero dans la Tempête que Shakespeare écrit une fois parvenu aux jours derniers de sa vie. C’est un regard plein d’invitation, une exhortation à ne jamais baisser les bras. Plutôt déjà, il faisait dire à Hamlet Dormir, dormir ? Rêver peut-être. Regardons cette année qui se dessine peu à peu sur la ligne d’horizon et ne cessons de fabuler, d’inventer, de rêver d’un autre monde en nous mettant sur la piste, en bâtissant avec nos mots, nos images, nos songes. Frayons-nous ce passage dans le tourment du quotidien en rejetant angélisme d’un côté et déclinisme de l’autre, continuons à rêver car il se pourrait que ce soit bien là notre seul espoir de survivance, notre seule possibilité de contribuer à parfaire un monde qui souffre, notre unique raison de rester debout. Rêver les paupières grandes ouvertes et ne pas regarder à côté mais fixer l’horizon en face, les yeux dans les yeux.

>> Télécharger la newsletter [PDF]

What the Fuck ? Fragil

26 janvier 2018

Fuck America - Théâtre du Rictus

What the Fuck ?

Adaptée du roman éponyme d’Edgar Hilsenrath, la pièce Fuck America suit les errances de Jakob Bronsky, juif allemand exilé aux Etats-Unis dans les années 50. Entre ses boulots de nuit, la bouillie servie à la cafétéria des émigrants et les putes qu’il a rarement le luxe de s’offrir, le rêve américain se révèle décevant. Dans cette adaptation, Le Théâtre du Rictus reste très attaché au roman, sa structure narrative et ses dialogues des plus trash.

La pièce, comme le livre, s’ouvre sur la correspondance entre Nathan Bronsky, père du héros, et le consul des États-Unis. On est en 1938, les nazis brûlent les synagogues en Allemagne et M. Bronsky demande des visas en urgence. Le consul lui répond huit mois plus tard en juillet 1939 ! N’étant qu’un juif parmi des centaines d’autres milliers persécutés, selon le système de quotas et en étant optimiste, la demande de visas devrait aboutir dans treize ans, soit en 1952 ! Le ton est donné. L’humour est noir, grinçant.

[…]

Pour la mise en scène, Laurent Maindon a fait le choix d’une équipe de 5 comédiens. Le décor minimaliste trouve une profondeur dans une partition vidéo des plus réussie. Le texte d’Edgar Hilsenrath est cru, sans filtre. Il sent le taudis, la misère et la faim. Il parle de bite, de cul, de putes… ça sort des tripes, rappelant ici et là le ton de son homologue américain Charles Bukowski. A la fois moteur et frustration, le sexe est omniprésent. Sur le plateau, certaines scènes font place à l’obscène et l’irrévérencieux flirte parfois avec le mauvais goût. Mais qu’importe ! On s’attache à ce personnage qui galère avec une mention spéciale pour la scène finale des plus touchantes.

[…]

Christelle Lader

L’équipe du Rictus s’enrichit

22 janvier 2018

Les filles du Rictus

Deux nouvelles personnes viennent enrichir la team du Théâtre du Rictus ! Il s’agit de Virna Cirignano, en charge de la production et de la diffusion Jeune Public et de la très efficace Élise Mainguy, chargée de production et de communication.

Voici leurs contacts respectifs :

Chargée de production et de communication
Elise Mainguy
elise.mainguy@theatredurictus.fr
Tel : 06 89 08 43 38

Chargée de diffusion et de production Jeune Public
Virna Cirignano
virna.cirignano@theatredurictus.fr
Tel : 06 66 91 90 54

Après les photos de Stéphane Pajot, l’article !

27 juillet 2017

Fuck America en Avignon

Papier (et photos) de Stéphane Pajot sur l’aventure Avignon 2017 / Fuck America.

Fuck America en Avignon

Théâtre / Critiques – Fuck America d’après Edgar Hilsenrath

26 juillet 2017

Fuck America en Avignon

Article par Gilles Costaz publié sur webtheatre.fr le 25 juillet 2017

Émigrer, migrer. C’est le thème qu’explore le théâtre du Rictus et développe à présent avec une adaptation du roman d’Edgar Hilsenrath, avant de monter les pièces commandées à Sonia Ristic et à Sedef Ecer. Le titre, Fuck America, donne le ton : ce ne sera pas du politiquement correct, du bien-élevé, du théâtre au langage châtié. Dans la première scène, le héros écrit au Consul des Etats-Unis pour obtenir un visa ; il a bien des raisons de le faire, il est juif et berlinois, les nazis le persécutent, l’ont volé, ont frappé sa famille, le mettent à la porte. Le Consul répond qu’il n’y plus de place en Amérique et qu’il y en aura, selon les quotas mis en place, à partir de 1952. D’où la colère de l’homme. Il arrive quand même aux States dans les années 50 ; sa vie, là-bas, est misérable. Boulots ingrats, fréquentation des putes… Il a un roman sur le chantier, qui s’appelle Le Branleur. Il le mènera jusqu’au bout, envers et contre tout, gardant dans la pauvreté son ironie, son franc-parler, sa liberté, sa « mauvaise éducation » face à un monde mesquin et puritain.
L’adaptation est construite sur la structure du double. L’homme qui parle se présente comme un certain Bronsky mais il n’est peut-être pas Bronsky. On ne sait jamais si c’est un autre ou bien lui-même, sans savoir non plus qui a raté sa vie et qui l’a réussie. Laurent Maindon a su développer son spectacle sur cette ambiguïté et donner une fascinante continuité variée à la succession des scènes. Nicolas Sansier interprète ce Jacob Bronsky avec une belle épaisseur. L’interprétation de ses partenaires, Ghyslain del Pino, Christophe Gravouil, Laurence Huby, Yann Josso, a également une réelle puissance romanesque. Les ambiances sont toutes cuisinées avec soin. Les mots ont de la couleur, de l’impudeur et de la pudeur. C’est remarquable.