What the Fuck ? Fragil

26 janvier 2018

Fuck America - Théâtre du Rictus

What the Fuck ?

Adaptée du roman éponyme d’Edgar Hilsenrath, la pièce Fuck America suit les errances de Jakob Bronsky, juif allemand exilé aux Etats-Unis dans les années 50. Entre ses boulots de nuit, la bouillie servie à la cafétéria des émigrants et les putes qu’il a rarement le luxe de s’offrir, le rêve américain se révèle décevant. Dans cette adaptation, Le Théâtre du Rictus reste très attaché au roman, sa structure narrative et ses dialogues des plus trash.

La pièce, comme le livre, s’ouvre sur la correspondance entre Nathan Bronsky, père du héros, et le consul des États-Unis. On est en 1938, les nazis brûlent les synagogues en Allemagne et M. Bronsky demande des visas en urgence. Le consul lui répond huit mois plus tard en juillet 1939 ! N’étant qu’un juif parmi des centaines d’autres milliers persécutés, selon le système de quotas et en étant optimiste, la demande de visas devrait aboutir dans treize ans, soit en 1952 ! Le ton est donné. L’humour est noir, grinçant.

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Pour la mise en scène, Laurent Maindon a fait le choix d’une équipe de 5 comédiens. Le décor minimaliste trouve une profondeur dans une partition vidéo des plus réussie. Le texte d’Edgar Hilsenrath est cru, sans filtre. Il sent le taudis, la misère et la faim. Il parle de bite, de cul, de putes… ça sort des tripes, rappelant ici et là le ton de son homologue américain Charles Bukowski. A la fois moteur et frustration, le sexe est omniprésent. Sur le plateau, certaines scènes font place à l’obscène et l’irrévérencieux flirte parfois avec le mauvais goût. Mais qu’importe ! On s’attache à ce personnage qui galère avec une mention spéciale pour la scène finale des plus touchantes.

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Christelle Lader

L’équipe du Rictus s’enrichit

22 janvier 2018

Les filles du Rictus

Deux nouvelles personnes viennent enrichir la team du Théâtre du Rictus ! Il s’agit de Virna Cirignano, en charge de la production et de la diffusion Jeune Public et de la très efficace Élise Mainguy, chargée de production et de communication.

Voici leurs contacts respectifs :

Chargée de production et de communication
Elise Mainguy
elise.mainguy@theatredurictus.fr
Tel : 06 89 08 43 38

Chargée de diffusion et de production Jeune Public
Virna Cirignano
virna.cirignano@theatredurictus.fr
Tel : 06 66 91 90 54

Après les photos de Stéphane Pajot, l’article !

27 juillet 2017

Fuck America en Avignon

Papier (et photos) de Stéphane Pajot sur l’aventure Avignon 2017 / Fuck America.

Fuck America en Avignon

Théâtre / Critiques – Fuck America d’après Edgar Hilsenrath

26 juillet 2017

Fuck America en Avignon

Article par Gilles Costaz publié sur webtheatre.fr le 25 juillet 2017

Émigrer, migrer. C’est le thème qu’explore le théâtre du Rictus et développe à présent avec une adaptation du roman d’Edgar Hilsenrath, avant de monter les pièces commandées à Sonia Ristic et à Sedef Ecer. Le titre, Fuck America, donne le ton : ce ne sera pas du politiquement correct, du bien-élevé, du théâtre au langage châtié. Dans la première scène, le héros écrit au Consul des Etats-Unis pour obtenir un visa ; il a bien des raisons de le faire, il est juif et berlinois, les nazis le persécutent, l’ont volé, ont frappé sa famille, le mettent à la porte. Le Consul répond qu’il n’y plus de place en Amérique et qu’il y en aura, selon les quotas mis en place, à partir de 1952. D’où la colère de l’homme. Il arrive quand même aux States dans les années 50 ; sa vie, là-bas, est misérable. Boulots ingrats, fréquentation des putes… Il a un roman sur le chantier, qui s’appelle Le Branleur. Il le mènera jusqu’au bout, envers et contre tout, gardant dans la pauvreté son ironie, son franc-parler, sa liberté, sa « mauvaise éducation » face à un monde mesquin et puritain.
L’adaptation est construite sur la structure du double. L’homme qui parle se présente comme un certain Bronsky mais il n’est peut-être pas Bronsky. On ne sait jamais si c’est un autre ou bien lui-même, sans savoir non plus qui a raté sa vie et qui l’a réussie. Laurent Maindon a su développer son spectacle sur cette ambiguïté et donner une fascinante continuité variée à la succession des scènes. Nicolas Sansier interprète ce Jacob Bronsky avec une belle épaisseur. L’interprétation de ses partenaires, Ghyslain del Pino, Christophe Gravouil, Laurence Huby, Yann Josso, a également une réelle puissance romanesque. Les ambiances sont toutes cuisinées avec soin. Les mots ont de la couleur, de l’impudeur et de la pudeur. C’est remarquable.

Des nouvelles du front !

19 juillet 2017

Fuck America en Avignon

Un retour critique sur Fuck America par Isabelle Bonat-Luciani (son blog).
Une image d’illustration de Stéphane Pajot.

C’est toujours une expérience d’aller voir une pièce. Peut-être parce que je n’y vais pas souvent. Je suis allée voir Fuck America « à l’aveugle », sans rien savoir de l’histoire, ni de l’auteur que je ne connaissais pas. Fuck America est donc un roman de Edgar Hilsenrath. Pour moi c’était surtout une pièce de théatre de Laurent Maindon sans savoir qui était vraiment Laurent Maindon et le théatre du Rictus, excepté ces instantanés facebook qui tissent des échanges, des résonnances, des choses qu’on a envie de partager. L’occasion était belle. Je me suis assise très sagement dans ce théatre du Ring (je dis ça comme ça mais la programmation est franchement classe, je pense notamment à cette pièce vue au 104 par Jonas Hassen Khemiri, « Nous qui sommes cent » que j’étais heureuse de retrouver là, sur les murs d’Avignon).

J’avoue, les premières minutes j’ai eu peur. La raison est très bête : émotionnellement trop chargée par cette semaine d’épouvante, j’aurais voulu me plonger toute entière dans un univers ouaté, empli de bisounours volants et de bonbecs dégoulinants de rose (ça arrive parfois, c’est fugace et ça tient pas). Les premiers mots de la pièce étaient juif, Bronsky, consul général, ghetto. Bon. Raté pour Candy au pays de la licorne.

Bronsky a donc survécu aux ghettos nazis et débarque en Amérique, pays du rêve et de la liberté. On le voit dans le New York des années 50, clodo parmi les clodos à vivre de petits boulots, logé dans un bouge l’esprit pas tranquille qu’on vienne le déloger face aux impayés qui l’écrasent. Ecrivain la nuit et crève la faim le jour. Bronsky a le projet d’écrire un roman : « quelque part dans mes souvenirs, il y a comme un trou. Un grand trou noir. Et c’est par l’écriture que j’essaie de le combler ». Cette pièce nous donne à voir précisément cette affaire d’écriture, d’écrivain en devenir, elle se déroule sous nos yeux et certains mots restent, écrits en blanc sur l’écran tandis que la voix les porte. C’est très beau à voir, à lire, à garder ces phrases qui se notent sous nos yeux, comme un roman qui est en train de s’écrire dont on sent profondément la lisière à chaque fois entre l’humour et le drame. On suit ces petits boulots de merde, on rit sur ces limaces dans un restaurant aux codes de riches où les limaces s’appellent des escargots et que le comédien tente de découper avec couteau et fourchette puis finit par les bouffer avec leur coquille, les serveurs sont outrés mais bien dans leur rôles ils n’en montreront rien, tout est permis aux riches, même d’être cons. A Bronsky rien n’est permis dans cette amérique puisqu’il est l’intrus, le migrant et que cette condition de fait, l’exclue. Au mieux on l’ignore, au pire on le rejette. Les scènes s’enchainent à un rythme soutenu où l’on passe d’un univers à l’autre, de boulots au troquet où ses amis, les seuls qu’il peut avoir les mêmes que lui, à la pute qu’il aimerait bien baiser, aux lettres avion qui sont envoyées à personne et qui immanquablement reviennent, les gens sont-ils fous d’écrire des lettres aux membres de leur famille qui ont été gazés ? Qui est vraiment fou on se demande. Bransky ne lâche pas il écrit, il écrit son roman basé sur des faits réels, une histoire, son histoire. On le regarde trébucher, tomber parfois, crever de solitude et de désir. On voudrait lui tenir la main jusqu’au bout de la pièce. Peu à peu les mots lâchent « j’ai compris qu’il ne suffit pas de survivre. Survivre ce n’est pas assez ». Peu à peu, son obsession de liberté, de libération, fait renaitre le désir, sa virilité qui s’est retrouvée enterrée sur tant de cadavres.

On sort de là avec l’envie de tout lire Edgar Hilsenrath comme si soudain c’était fondamental, et je crois oui, que ça l’est. On garde les mots entendus avec l’envie d’y plonger tout entier, on garde la musique et les images qui permettent des dialogues entre l’écran et les comédiens sur scène. On y est, on voudrait bien y rester, on rit parce que c’est malicieux et on retient ses larmes quand même parce que ça parle, ça résonne, et questionne tellement aussi sur aujourd’hui. Fuck America de Laurent Maindon c’est cette pièce qui rend inévitable la rencontre avec Hilsenrath si elle n’a pas déjà été faite, pour les autres j’imagine, des retrouvailles que les comédiens viennent incarner avec justesse, sobriété et humanité.