Voeux 2015

26 janvier 2015

Rictus dernière #10

05 décembre 2014

La newsletter du Théâtre du Rictus
L’année 2014 s’achève dans le murmure des luttes du printemps et de l’été dernier. Le gouvernement Valls a nommé en juin dans l’urgence une commission chargée de réfléchir au maintien du régime d’assurance chômage pour les intermittents du spectacle, et ce dans le cadre d’un simulacre de négociation sur le fonctionnement de l’UNEDIC. Depuis il semble difficile de savoir quelle en sera l’issue. Entre temps, les coupes sombres dans les budgets des collectivités territoriales impactent directement les organismes en charge de la diffusion de spectacles qui n’ont d’autres moyens pour équilibrer leur budget en chute libre que de couper dans leur programmation, précarisant par effets de rebonds les compagnies et les groupes, donc les artistes et techniciens du spectacle. Tout cela se fait au détriment de politiques de territoire menées de longue date et dont on sait qu’associées à d’autres actions éducatives sur le terrain, elles maintiennent un semblant de paix sociale. En diminuant les programmations ou en en augmentant le coût d’accès aux spectacles, on asphyxie progressivement une culture déjà bien mal en point. C’est une sauvegarde supplémentaire de la tolérance et de l’ouverture d’esprit qui saute et un barrage à l’ignorance qui cède. C’est un pari politique risqué quand on sait la défiance envers nos élus qui se manifestent de plus en plus dans les urnes. Plus que jamais il convient de serrer les coudes, de renflouer nos résistances, de continuer à exercer nos professions dans la dignité en dépit des coups de butoir. C’est tout le sens que le Théâtre du Rictus essaie de mettre dans ses engagements passés et à venir dont voici ci-dessous (voir PDF joint) un bref aperçu.

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Photo d’illustration : Rhapsodies – Rodez novembre 2014 – par Gabi PEREZ

Création artistique et monde du travail

03 décembre 2014

Création artistique et monde du travail

Quelles relations la culture et le spectacle vivant entretiennent-ils avec le monde du travail aujourd’hui ? Comment les artistes s’emparent-ils du sujet pour le transformer en matière de création ? Quelles questions soulèvent-ils ? Quels sens bousculent-ils ? Mais aussi, quelles relations le spectacle vivant entretient-il avec le monde de l’entreprise ? En quoi des démarches de création s’inscrivent-elles dans la vie de l’entreprise, partent du travail lui-même, permettent de rendre visible des cultures du monde du travail et les interrogent ?

Du 10 au 16 janvier 2015, en partenariat et coopération avec Le Théâtre du Rictus, l’association Théâtre & Monde du Travail, le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire, Le Conseil Régional des Pays de La Loire, ONYX propose une semaine d’ateliers, débats, rencontres, tables rondes, conférences, films et spectacles sur le vaste et « dramatique » sujet du travail.

Télécharger le programme complet de l’événement création artistique et monde du travail

Renseignements :
ONYX – La Carrière
1 place Océane – zone Atlantis
BP 30224
44815 Saint-Herblain cedex
Tel. 02 28 25 25 00

Une contemplation de la téléréalité

28 novembre 2014

Une contemplation de la téléréalité

Goran Cvetkovic, Radio Beograd 2, vendredi 24 octobre 2014

RHAPSODIES – texte et mise en scène Sylvain Levey et Laurent Maindon –Théâtre du Rictus d’Ancenis, France, représentation au Narodno pozoriste Sterija de Vrsac, jeudi 23 octobre 2014

Quelque chose est effectivement en train d’évoluer au Théâtre populaire « Sterija » de Vrsac ! Après une rénovation réussie – ouverture de passages et de couloirs autrefois condamnés, tout autour de la salle – l’espace a regagné son architecture originale et désormais semble plus aéré et plus authentique. La peinture est refaite, le sol et les escaliers réparés, l’éclairage modernisé, alors que les passages, les entrées et les sorties de la salle, soudain très nombreux, semblent très bien aménagés. La nouvelle édition du festival traditionnel VRSACKA POZORISNA JESEN (« l’automne théâtral de Vrsac ») n’attend que les fanfares pour débuter, à l’affiche les spectacles importants sélectionnés par Milivoje Mladjenovic, représentations de six théâtres ayant mérité leur place au sein du programme officiel, parmi lesquels nous verrons un théâtre de Timisoara, trois spectacles tirés du texte de Branislav Nusic, trois autres d’après les textes d’ Eschyle, de Shakespeare et de Bora Stankovic – de pures délices pour le plaisir des théâtreux gourmands. Cette édition verra également la présence de trois grands metteurs en scène de l’actualité serbe – Egon Savin, Urban Andras et Kokan Mladenovic. En outre, le programme Off du festival nous permettra de découvrir la Scène roumaine du théâtre Sterija, ainsi qu’une coproduction internationale et un opéra de Stanislav Binicki. Il y aura également des promotions de livres ayant le théâtre comme sujet, un spectacle mis en scène d’après le texte du sélecteur – hors concurrence, évidemment. Qui l’eût cru qu’il s’agit du même théâtre des années précédentes, qui préparait un festival pêle-mêle et avait peu d’attirance pour le public.

En préambule du festival – décidément bien curieux – le public a pu voir le spectacle « Rhapsodies », produit par une petite compagnie française. Deux auteurs – Sylvain Levey, écrivain, et Laurent Maindon, metteur en scène, ont créé une trilogie sur la société dans laquelle ils vivent. Ils ont porté un regard critique sur les gens qui les entourent au quotidien, sur ceux qui achètent et lisent les journaux et les livres, se mettent au volant de voitures, se marient, élèvent des enfants, regardent la télé, ceux qui se tuent également, ceux qui finissent en tôle, qui s’amusent, boivent et mangent, ceux qui consomment… L’inspiration, ils l’ont trouvée dans les faits divers. Un procédé bien intéressant, je le dis car le spectacle dont il est question montre parfaitement dans quelle mesure extraordinaire ce binôme maîtrise la notion brechtienne de « la scène de la rue », et connaît les capacités d’un comédien à s’exprimer de différentes façons, de pénétrer le personnage ainsi que de l’observer avec du recul. Dans ce spectacle nous avons pu voir la préparation, le tournage et le montage d’une émission de téléréalité. En fait, nous avons pu voir fonctionner les engrenages derrière la production d’une petite histoire de vie ayant pour objectif d’inspirer les futurs participants à prendre part à cette forme de divertissement, au plaisir de tous ces amateurs de la vie des autres qui passe à la télé.

Evidemment, tout commence par un casting d’acteurs amateurs, sélectionnés pour jouer dans un petit film ou dans une émission de téléréalité. Une petite maison de production – il s’agit en fait de deux types bien bizarres – invite et filme un énorme nombre de jeunes couples, afin d’en choisir deux et tourner un film sur un problème que beaucoup de jeunes couples affrontent : avoir des difficultés à procréer.

Dans un contexte théâtral, il est toujours intéressant de pouvoir suivre de tout près un tel processus qui se passe, de manière générale, derrière les coulisses. Ce qui nous intrigue, c’est que les auteurs ont réussi, au-delà d’un jeu très habile des comédiens sur scène, de nous montrer comment ils voient les préparatifs du tournage d’une téléréalité, tout en évitant une simple représentation du phénomène. Ils nous ont montré, tout en excluant un rapport particulier aux personnages, mais sans aucun recul, comment tous ces types et caractères de notre quotidien se jettent à corps perdu, simplement parce qu’ils veulent faire partie du tournage, même si à un moment donné une candidate refuse d’agir selon les consignes du réalisateur du casting et quitte la scène avec mépris… ils sont en effet prêts à tout pour satisfaire les exigences les plus bizarres, posées par le producteur et les cameraman. Cependant, au lieu de soulever l’importance de cette cruauté du contexte social – les gens, dont la vraie vie nous échappe en réalité, sont prêts à s’exhiber devant les téléspectateurs jusqu’aux détails les plus intimes – la perte de l’estime de soi et la motivation qui va derrière, le spectacle s’en éloigne. En fait, il semblerait que cela soit sous-entendu, et qu’à partir de là on suit l’acte en tant que tel, la sélection des participants, le dressage, le tournage du film. Effectivement, Il y a de très belles idées, très attractives, les comédiens interprètent leurs rôles avec un haut degré d’adresse, mais le spectacle ne quitte pas le cadre d’une simple représentation de l’événement seul, quoique sous un angle assez divertissant, laisse de côté la possibilité de prendre en considération la banalité de la vie des téléspectateurs et des participants d’une émission de Téléréalité. Mais l’effort qu’une petite compagnie a investi pour examiner ce problème social et pour tenter de dire quelque chose à ce propos en termes de théâtre, à travers un scénario ingénieux et une interprétation exquise  – n’en est pas moins important. Il serait bienvenu de voir nos propres compagnies porter un regard critique sur la réalité et les problèmes qui nous submergent au quotidien. Peut-être une telle analyse scénique nous permettrait de répondre à des questions difficiles qui nous tourmentent intimement.
Allez, allez, du courage !

Photo d’illustration : Rhapsodies – Rodez novembre 2014 – par Gabi PEREZ

Les chroniques de Jean Dessorty

24 novembre 2014

Novado toujours mais hier soir à la Baleine avec une pièce du Théâtre du Rictus, lequel porte bien son nom tant son regard aiguisé et cruel sur le monde d’aujourd’hui trouve de plus en plus d’échos. « Rhapsodies » est le dernier opus d’un triptyque corrosif et décapant qui s’attache à démonter les travers de notre société frénétique. Cette fois sa cible c’est la téléréalité: sa mécanique pernicieuse et retorse qui biaise le regard jusqu’à l’occulter. Du casting formaté pour le public à conquérir jusqu’au storytelling le plus complaisant voire le plus abject, rien ne nous est épargné. Tous les coups sont permis avec pour seul critère rendre le projet « télécompatible » c’est à dire le plus formaté possible quitte à « façonner, sculpter et maquiller » la réalité. Avec la dictature de l’audimat comme moteur, transformer des histoires désespérément banales en audience potentielle n’est qu’exercice de style, où sans scrupule et toute honte bue comme seule consigne, on manipule à tout va et « on adapte la réalité à la fiction ». Sur scène, transformée pour l’occasion en studio de production, les écrans servent de référence ultime, de juges de paix et de totems incontournables devant qui se prosterner. Big Brother devient de plus en plus effrayant, repoussant toujours plus loin les limites de l’inacceptable. Formatage systématique et scénario adéquat sont les ressorts de cette histoire effrayante, des miroirs qui reflètent les angoissantes capacités de la perversion humaine. Passer du rire aux larmes, jouer sur toute la gamme de la sensiblerie la plus étouffante, faire du téléspectateur une simple variable d’adaptation au marché, y compris de produits dérivés, devient une obsession dévastatrice. La mise en scène aussi épurée que tranchante ne laisse aucun espoir, le cynisme dégoulinant des uns n’ayant pour écho que la soumission veule des autres. Ces romans photos déroulés à satiété pour faire pleurer dans les chaumières appuient là où ça fait mal et interrogent chacun sur sa volonté de décrypter les enjeux induits, la capacité de résistance individuelle et collective face à cette standardisation envahissante.
George Orwell et Andy Warhol comme pères incestueux transcendent ce spectacle maléfique et crépusculaire en une réflexion salutaire, décomplexée et subversive sur le pouvoir des images et, in fine, sur les images du pouvoir.